J'aime Alpe d'Huez
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Alpe d'Huez : des alpages de l'Oisans à l'une des montagnes les plus célèbres du monde

Il existe des stations que l'on connaît pour leurs pistes, d'autres pour leur paysage ou leur histoire. L'Alpe d'Huez appartient à une catégorie plus rare : son nom évoque à lui seul plusieurs histoires à la fois.

Celle du ski, bien sûr. Celle des remontées mécaniques, avec Jean Pomagalski et la naissance de ce qui deviendra POMA. Celle du cyclisme, avec les 21 virages et le Tour de France. Celle aussi d'une montagne habitée et travaillée depuis des siècles, bien avant l'arrivée des touristes.

À 1 860 mètres d'altitude, sur un plateau exposé au sud face aux sommets de l'Oisans, l'Alpe d'Huez domine Bourg-d'Oisans et la vallée de la Romanche. Plus haut encore, le Pic Blanc atteint 3 330 mètres.

Aujourd'hui, le domaine relie cinq stations-villages : Alpe d'Huez, Auris-en-Oisans, Villard-Reculas, Oz-en-Oisans et Vaujany, autour d'environ 250 kilomètres de pistes.

Mais avant les télécabines, les hôtels et le Tour de France, il y eut ici des bergers, des paysans, des mineurs, des mulets, des chalets d'alpage et des hommes qui devaient composer avec une montagne beaucoup moins accessible qu'aujourd'hui.

Une station au-dessus de l'Oisans

Pour comprendre l'Alpe d'Huez, il faut d'abord regarder vers le bas.

Bourg-d'Oisans est depuis longtemps la porte d'entrée naturelle du territoire. Depuis la vallée, la route s'élève brusquement en direction d'Huez avant de gagner le plateau. C'est précisément cette différence d'altitude qui donnera plus tard naissance aux célèbres 21 virages.

Le village d'Huez, plus ancien que la station, rappelle que l'histoire locale ne commence pas avec le ski.

Plus haut, l'Alpe était traditionnellement un territoire d'estive. Les troupeaux y montaient pendant la belle saison et les familles exploitaient les pâturages avant de redescendre lorsque l'hiver approchait.

L'actuel quartier du Vieil Alpe garde quelque chose de cette origine : avant d'être des hôtels et des résidences touristiques, plusieurs constructions étaient des chalets ou des granges liés à cette activité pastorale.

Le Musée d'histoire et d'archéologie de l'Alpe d'Huez retrace précisément cette transformation progressive des chalets d'alpage en hébergements touristiques puis en station internationale.

Bien avant le ski : une montagne où l'on travaillait

L'une des histoires les plus étonnantes de l'Alpe d'Huez est pourtant beaucoup plus ancienne.

À environ 1 800 mètres d'altitude se trouvent les vestiges de Brandes-en-Oisans, village minier médiéval installé pour exploiter un gisement de plomb argentifère.

Du XIIe au XIVe siècle, environ 150 à 200 personnes auraient vécu ici de manière permanente : mineurs, artisans, femmes et enfants. On y trouvait habitations, ateliers, lieux de traitement du minerai, église et fortification.

Le minerai extrait servait notamment à produire l'argent nécessaire à la frappe de monnaies du Dauphin. Les installations utilisaient déjà des procédés complexes : concassage, broyage, lavage et énergie hydraulique.

L'exploitation déclina au XIVe siècle, notamment en raison des difficultés techniques liées à l'eau dans les galeries. Aujourd'hui, Brandes est classé au titre des Monuments historiques et constitue l'un des témoignages les plus remarquables d'occupation permanente en très haute altitude au Moyen Âge.

💡 Le saviez-vous ?

Plus de six siècles avant les premières remontées mécaniques, on travaillait donc déjà toute l'année à près de 1 800 mètres d'altitude sur le plateau de l'Alpe d'Huez. C'est une manière assez spectaculaire de rappeler que la montagne n'a pas attendu le tourisme pour faire vivre des hommes et des femmes.

Du chalet d'alpage aux premiers touristes

L'histoire touristique prend réellement forme au début du XXe siècle.

En 1911, les premières initiatives liées au ski apparaissent et les récits locaux associent notamment l'institutrice Marie Muller à l'initiation des enfants à cette nouvelle pratique.

En 1920-1923, le Touring Club de France commence à organiser l'accueil des visiteurs sur le plateau. Un chalet d'alpage est transformé pour recevoir les rares skieurs capables de gagner l'Alpe à une époque où venir passer quelques jours ici constitue encore une petite expédition.

Le développement s'accélère après 1926, lorsque la route est prolongée jusqu'au plateau. La montagne devient progressivement accessible en automobile.

Dans les années 1930 apparaissent les premiers hôtels qui vont former le noyau de la future station. Les familles locales, les hôteliers et quelques entrepreneurs comprennent que cette montagne peut devenir autre chose qu'un lieu d'estive.

À cette époque, personne ne parle encore de « grand domaine ». Les skieurs montent avec leur matériel, les infrastructures restent rudimentaires et l'hôtellerie familiale joue un rôle essentiel.

Les Rajon : une famille au cœur de la naissance de la station

Si l'on cherche une famille dont le nom est indissociable de la construction de l'Alpe d'Huez moderne, c'est celle des Rajon.

Maurice Rajon entre dans l'histoire en 1935, lorsqu'il rachète l'ancienne grange du Touring Club de France — le tout premier refuge skieurs de la station, ouvert pour Noël 1928 avec cinq clients parisiens arrivés par train et mulet. C'est sur ces fondations qu'il développe ce qui deviendra l'Hôtel Le Dôme.

Mais Maurice ne s'arrête pas à l'hôtellerie. Il s'associe à Joseph Paganon, député de l'Isère et ministre des Travaux publics, pour porter un projet bien plus ambitieux : transformer l'accès à l'Alpe. C'est de cette alliance que naissent les 21 virages tels qu'on les connaît — la route élargie à sept mètres, aménagée en lacets spectaculaires, inaugurée en 1936. Sans ce projet, le développement de la station aurait été fondamentalement différent.

La génération suivante prend le relais avec la même énergie.

Georges Rajon, fils de Maurice, devient président du club des sports de l'Alpe d'Huez de 1950 à 1975. C'est lui qui, en 1952, réussit l'impensable : convaincre les organisateurs du Tour de France d'y ajouter une arrivée. Le projet semblait presque impossible à l'époque — les frais d'organisation s'élevaient à 20 000 francs, une somme considérable. Georges Rajon y croit et il a raison. Fausto Coppi s'impose lors de cette première historique.

L'Alpe d'Huez n'avait jamais été au Tour de France. Elle ne pouvait plus s'en passer.

La famille Rajon incarne ce que les historiens locaux appellent les « pionniers » de la station — ces hommes et ces femmes qui, dans les années 1930 et 1940, ont transformé un plateau pastoral en destination internationale, à une époque où rien n'était acquis et où chaque décision engageait leur propre avenir.

Jean Pomagalski : l'homme qui a changé la montagne

L'histoire de Jean Pomagalski commence bien loin de l'Alpe d'Huez — et bien avant le ski.

Il naît en 1905 à Cracovie, en Pologne. Son père Antoine est un révolutionnaire, un opposant politique condamné aux travaux forcés dans les mines de sel de Sibérie. Il réussit à s'évader du goulag et choisit de fuir vers la France avec sa femme et ses enfants. La famille Pomagalski arrive en 1907 et s'installe dans les environs de Grenoble, où l'industrie en plein essor est à la recherche de main-d'œuvre.

Le petit Jean s'adapte vite, prend la nationalité française et suit un cursus brillant à l'école professionnelle Vaucanson de Grenoble, section bâtiment. Dans les années 1920, il fonde sa propre entreprise de maçonnerie et réalise des chantiers isérois.

Mais Jean Pomagalski n'est pas seulement un bâtisseur. C'est aussi un sportif accompli. Passionné d'aviron, il atteint le plus haut niveau : il est sélectionné pour les Jeux olympiques de 1932 à Los Angeles.

L'invention née d'une pente

La question qui va changer l'histoire du ski est simple : comment remonter une pente sans l'escalader à pied ?

Dès 1927, Pomagalski construit un premier téléphérique convoyeur pour acheminer des matériaux sur un chantier difficile d'accès à Saint-Hilaire-du-Touvet. Le principe du transport par câble est là — il ne lui reste qu'à l'adapter aux skieurs.

À partir de 1934-1935, il installe sur les pentes de l'Éclose à l'Alpe d'Huez ce qui deviendra le premier téléski à perches de l'histoire. Les moyens sont ceux d'un bricoleur de génie : des poteaux téléphoniques au rebut, des câbles forestiers, animé par un moteur de camion. La distance est modeste — 215 mètres, pour un dénivelé de 64 mètres. Mais le principe change tout.

Le brevet est déposé le 6 mars 1936, intitulé sobrement : « Dispositif pour le démarrage progressif d'une charge entraînée par un câble se déplaçant à vitesse constante. »

Le succès est immédiat. Quarante appareils sont vendus à d'autres stations françaises dès 1940. La fréquentation de l'Alpe d'Huez double grâce au premier tire-fesses.

💡 Le saviez-vous ?

Le terme « poma-lift » est encore utilisé aujourd'hui en Amérique du Nord pour désigner n'importe quel téléski — quelle que soit la marque. Un hommage involontaire à Jean Pomagalski, dont le nom est entré dans la langue courante des amateurs de ski sur tout un continent.

D'une pente de l'Oisans au monde entier

Pomagalski ne s'arrête pas à l'Éclose. En 1944, il commence à travailler sur des systèmes plus complexes : télésièges et remontées à cabines. Le premier télésiège POMA est installé aux Brévents. L'entreprise est officiellement fondée en 1946-1947. En 1956, il offre à Chamonix son premier téléphérique. En 1958, une nouvelle usine est construite pour répondre à la demande, notamment en prévision des Jeux olympiques de Grenoble de 1968. Cette même année, les premiers télésièges POMA sont installés au Colorado, au Vermont et en Alaska.

Aujourd'hui, le groupe POMA — basé à Voreppe, près de Grenoble — est présent dans plus de 90 pays, avec plus de 8 000 appareils installés à travers le monde. Son chiffre d'affaires dépasse 450 millions d'euros.

Tout cela est parti d'un moteur de camion et de poteaux téléphoniques au rebut, sur une pente de l'Oisans.

De la petite station au grand domaine

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Alpe change d'échelle.

La clientèle revient, les hôtels se multiplient et les remontées gagnent progressivement de l'altitude. La patinoire extérieure ouvre en 1947. En 1954, les équipements permettent déjà d'atteindre 2 100 puis 2 700 mètres.

Dans les années 1960, la conquête du haut domaine accélère encore la transformation. Le Pic Blanc et les secteurs d'altitude ouvrent un nouvel univers au ski.

Puis les différents secteurs sont progressivement reliés. L'Alpe n'est plus seulement une station : elle devient le centre d'un ensemble de villages offrant chacun une manière différente de vivre la montagne.

Auris-en-Oisans

Auris occupe un balcon spectaculaire face à la Meije. À environ 1 600 mètres, son secteur se distingue par son atmosphère familiale et son accès au domaine depuis le versant sud.

Villard-Reculas

À l'ouest de l'Alpe, Villard-Reculas conserve davantage l'allure d'un village traditionnel. Ses pistes permettent de rejoindre directement le domaine tout en offrant un panorama remarquable sur la vallée.

Oz-en-Oisans

Oz offre une ambiance différente, entre forêts et montagne. La station constitue l'un des accès majeurs vers les secteurs d'altitude et le Dôme des Rousses.

Vaujany

Vaujany illustre une autre facette de l'Oisans : un ancien village de montagne devenu l'une des portes d'entrée d'un domaine moderne tout en conservant une identité villageoise très forte.

Cette diversité reste aujourd'hui l'une des principales caractéristiques de l'Espace Alpe d'Huez.

La SATA : l'entreprise qui a construit le domaine

Derrière les pistes, les télécabines et les liaisons entre villages, il y a une entreprise dont peu de visiteurs connaissent l'histoire — mais sans laquelle l'Alpe d'Huez d'aujourd'hui n'existerait pas.

La SATA — Société d'Aménagement Touristique de l'Alpe d'Huez — naît d'une crise. Dans les années 1950, le développement du domaine skiable repose sur des investisseurs privés aux moyens limités. Les pannes se multiplient, la rentabilité est aléatoire et en 1958, après quatre saisons d'exploitation non rentables, le propriétaire des téléphériques des Grandes Rousses abandonne purement et simplement leur exploitation.

C'est ce moment de rupture qui force la création d'une structure collective. Le 20 octobre 1958, commerçants, hôteliers et habitants de la station se réunissent pour fonder la SATA, dont la première mission est urgente : remettre en route les téléphériques des Grandes Rousses, devenus indispensables au fonctionnement de la station.

Pas une année sans investissement

Depuis sa création, la SATA n'a pas passé une seule année sans investir sur le domaine skiable. Les grandes étapes racontent l'histoire du domaine : en 1962, le téléphérique des Grandes Rousses atteint le Pic Blanc à 3 330 mètres — à l'époque l'un des appareils les plus modernes et les plus grands du monde. En 1971-1973, la liaison avec Auris-en-Oisans est construite. Oz-en-Oisans, Vaujany et Villard-Reculas rejoindront progressivement l'ensemble, formant ce qui deviendra l'Alpe d'Huez Grand Domaine.

En 2021, la SATA devient SATA Group et gère désormais trois domaines emblématiques : l'Alpe d'Huez, Les Deux Alpes et La Grave. Dix communes. Une clientèle internationale représentant 50 % des visiteurs. SATA Group est aujourd'hui le deuxième opérateur de stations de montagne en France.

💡 Le saviez-vous ?

La SATA a été fondée par les habitants et commerçants de la station eux-mêmes — pas par un grand groupe industriel ou une collectivité publique. C'est une entreprise locale qui s'est construite depuis soixante-cinq ans sur la conviction que la montagne méritait d'être développée sérieusement, année après année, sans interruption.

La Sarenne : une descente devenue légendaire

Parmi les pistes qui ont contribué à la réputation de l'Alpe, aucune n'est plus connue que Sarenne.

Elle part du secteur du Pic Blanc à plus de 3 300 mètres et plonge vers la vallée avant de revenir vers la station. La piste est aménagée dans les années 1970, la chronologie officielle situant son ouverture en 1977. Elle est aujourd'hui annoncée autour de 16 kilomètres.

Son intérêt ne tient cependant pas seulement à sa longueur. Elle offre surtout un changement d'univers : on quitte la haute montagne glaciaire, avec une vue immense sur les massifs environnants, pour descendre progressivement dans un vallon beaucoup plus sauvage.

Ce qui n'a guère besoin de slogan, c'est le dénivelé et la sensation de parcourir presque toute la montagne d'un seul mouvement.

1968 : l'Alpe d'Huez devient olympique

Les Jeux olympiques d'hiver de Grenoble en 1968 donnent à l'Alpe une nouvelle visibilité internationale. La station accueille les épreuves de bobsleigh.

Une piste d'environ 1 500 mètres est aménagée au-dessus de la station. Son orientation au sud, avantage extraordinaire pour une station de ski, devient paradoxalement un problème pour conserver la glace. Les compétitions doivent donc se dérouler à des horaires inhabituels, notamment très tôt ou durant la nuit afin de bénéficier des températures les plus basses.

Ce chapitre olympique appartient pleinement au patrimoine local. Les vestiges de la piste rappellent une époque où l'Alpe d'Huez cherchait encore son identité parmi les grandes stations françaises. Elle venait désormais de rejoindre le monde olympique.

Le Tour de France : le jour où la route est devenue un stade

S'il existe une image qui a rendu l'Alpe d'Huez célèbre jusque dans les pays où l'on ne skie presque jamais, c'est probablement celle de centaines de milliers de spectateurs entassés sur une route qui grimpe depuis Bourg-d'Oisans.

Tout commence le 4 juillet 1952. Pour la première fois, le Tour de France organise une arrivée à l'Alpe d'Huez. Le vainqueur s'appelle Fausto Coppi. L'Italien domine l'ascension avec une telle facilité que cette première expérience ne convainc pas immédiatement les organisateurs. Le Tour ne reviendra à l'Alpe qu'en 1976.

Mais dès lors, la relation devient presque fusionnelle.

Zoetemelk, Kuiper, Winnen, Herrera, Hinault, Bugno, Pantani, Sastre, Rolland, Riblon, Pinot, Thomas ou Pidcock figurent parmi les vainqueurs qui ont marqué les lacets.

En 1986, Bernard Hinault et Greg LeMond arrivent pratiquement ensemble au sommet. Marco Pantani, dans les années 1990, transforme la montée en démonstration de grimpeur. Pierre Rolland en 2011, Christophe Riblon en 2013 et Thibaut Pinot en 2015 rendent à la France plusieurs victoires particulièrement populaires. Geraint Thomas s'impose en 2018 et Tom Pidcock en 2022.

Et en 2026, l'Alpe a une nouvelle fois occupé une place exceptionnelle dans le parcours avec deux arrivées consécutives dans les derniers jours du Tour.

Pourquoi y a-t-il 21 virages ?

Entre Bourg-d'Oisans et la station, la route doit absorber plus de 1 100 mètres de dénivelé en une quinzaine de kilomètres. Pour rendre la pente praticable, elle dessine une succession de lacets. Ils sont 21.

Et, particularité amusante pour le cycliste qui monte : le compte à rebours commence par le virage 21, en bas, pour terminer par le virage 1 près de la station.

Ces simples numéros sont devenus des lieux. Le plus célèbre est certainement le virage 7, régulièrement envahi par les supporters néerlandais lors du Tour. Dans une montagne française, quelques jours avant le passage des coureurs, ce morceau de route peut alors devenir presque entièrement orange.

La route entière se transforme en tribune. C'est peut-être là le secret de l'Alpe dans le Tour : contrairement à beaucoup de cols, le spectateur voit les coureurs ralentir. On distingue les visages, la fatigue, les accélérations. Le public est presque sur la route. Pendant quelques heures, la montagne devient un stade de quinze kilomètres de long.

💡 Le saviez-vous ?

En 2013, pour le centième Tour de France, les coureurs ont gravi l'Alpe deux fois dans la même étape, descendant entre les deux passages par le col de Sarenne. Soit, symboliquement, 42 virages dans la même journée.

Les records de la montée

Le site touristique de l'Alpe attribue à Marco Pantani un temps de référence de 37 min 35 s en 1997 sur son parcours de référence.

Le plus important est peut-être ailleurs : chaque été, des milliers de cyclistes viennent comparer leur propre temps non pas seulement aux champions, mais à eux-mêmes. Pour eux, le panneau du dernier virage compte souvent davantage que le chronomètre.

Les champions de la neige

L'histoire sportive de l'Alpe ne se limite évidemment pas au cyclisme.

Laure Pequegnot reste l'un des noms majeurs : championne du monde junior de slalom en 1994, vice-championne olympique à Salt Lake City en 2002 et gagnante cette même année de la Coupe du monde de slalom.

Gauthier de Tessières a participé aux Jeux olympiques et remporté notamment une médaille d'argent mondiale en super-G en 2013, après avoir été champion du monde par équipes en 2011.

Jennifer Piot, spécialiste des disciplines de vitesse, devient notamment championne du monde junior de descente en 2013.

Isabelle Blanc est sans doute l'athlète la plus titrée à être née et à avoir grandi à l'Alpe d'Huez. Arrivée dans la station à l'âge de huit ans avec sa famille, elle commence par le ski avant de basculer vers le snowboard en 1993. La progression est foudroyante : dès 1994, elle remporte le premier championnat du monde junior de slalom de l'histoire. Son palmarès s'étoffe ensuite : championne du monde de slalom géant parallèle en 1999, puis championne olympique à Salt Lake City en 2002, où elle s'impose devant sa compatriote Karine Ruby. Elle ajoute un troisième titre mondial en 2003.

Ce qui rend son histoire particulièrement belle : elle avait déclaré avant les Jeux de 2002 avoir deux objectifs cette saison-là — gagner sur les pistes de sa station natale, et décrocher l'or olympique. Elle a réussi les deux.

Ophélie David est peut-être la sportive la plus emblématique de l'Alpe d'Huez — non seulement parce qu'elle y a construit son palmarès, mais parce qu'elle y a toujours vécu. Née en 1976, elle grandit dans la station et devient entraîneuse au Ski Club avant de basculer vers le ski cross en 2003. Sa domination est quasi absolue pendant quinze ans : 26 victoires en Coupe du monde, 64 podiums, 7 petits globes de cristal, 3 grands globes, championne du monde en 2007, et quatre Winter X Games consécutifs (2007, 2008, 2009, 2010).

Aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010, archi-favorite, elle chute en quart de finale. À Sotchi en 2014, elle termine quatrième après une chute en finale. Le titre olympique lui échappe deux fois — ce qui n'efface pas l'essentiel : pendant plus de quinze ans, Ophélie David a été la meilleure skieuse de ski cross du monde, formée et domiciliée à l'Alpe d'Huez.

💡 Le saviez-vous ?

En 2008, Ophélie David remporte la Megavalanche de l'Alpe d'Huez, l'une des courses de VTT de descente les plus disputées au monde — prouvant que son talent sur la neige n'avait rien d'exclusif.

La glace aussi : une tradition de hockey en altitude

La patinoire apparaît très tôt dans l'histoire moderne de la station : elle ouvre dès 1947. Le hockey s'y développe rapidement.

En 1994, la création de l'association des Yétis de l'Alpe d'Huez donne au club une identité et une structure durables. Les Yétis disputent leur championnat le dimanche soir à la patinoire de l'avenue des Jeux, accueillant des équipes venues de toute la région — Marseille, Albertville, Chambéry, Serre-Chevalier, Lyon. L'entrée est libre. Touristes et locaux s'y retrouvent pour quelques heures d'intensité dans l'ambiance particulière d'une patinoire de montagne.

Mais c'est l'été que la station a vécu l'un de ses rendez-vous sportifs les plus singuliers. Pendant plusieurs années, l'Alpe d'Huez a accueilli un tournoi national et international de hockey sur glace en plein air au mois d'août, organisé par Bruno Catelin, figure centrale de la vie du club. L'événement a atteint au moins sa 15e édition, se tenant aux alentours du 14 août. Il accueillait des équipes venues de toute la France — comme les Sangliers de Clermont-Baden — mais aussi de nombreuses équipes étrangères, avec une participation québécoise particulièrement remarquée. Parmi elles, les Boys, menés par Richard Goudreault, et la présence exceptionnelle de la gardienne Kim St-Pierre, triple championne olympique avec l'équipe nationale du Canada.

Ce qui rendait ce tournoi unique en Europe : jouer au hockey sur glace en plein air, sous le soleil de l'Oisans, avec les sommets enneigés des Grandes Rousses en arrière-plan. La contrainte logistique imposait des horaires décalés : de 7h à 11h le matin, puis de 16h à 20h l'après-midi, aux heures les plus fraîches de la journée. La dernière édition connue s'est tenue en août 2020.

St-Pierre est l'une des sportives les plus titrées de l'histoire du hockey mondial : trois médailles d'or olympiques (Salt Lake City 2002, Turin 2006, Vancouver 2010), cinq titres de championne du monde, et en 2020, la distinction suprême — première gardienne de but de l'histoire à être intronisée au Temple de la renommée du hockey.

Voir une telle athlète fouler la glace d'un tournoi estival en haute montagne, au milieu des randonneurs et des vététistes, reste l'un des souvenirs les plus marquants de cet événement improbable et réjouissant.

Depuis la saison 2022-2023, une équipe féminine s'est inscrite à son tour dans cette continuité.

Le Trophée Andros : quand les bolides s'invitent sur la glace

Pendant plus de vingt ans, le circuit de l'Éclose a accueilli une manche du Trophée Andros, le championnat français de course automobile sur glace né en 1990.

L'Alpe d'Huez n'est pas n'importe quelle étape dans l'histoire de cet événement — c'est la première à figurer dans la liste des sites historiques du trophée. De 1997 à 2018, soit 22 éditions consécutives, la station a accueilli les courses sur son circuit de l'Éclose : 630 mètres de piste tracée dans la neige, au cœur même de la station, à 1 800 mètres d'altitude.

Au fil des 22 éditions, des pilotes de légende sont venus se mesurer sur cette glace d'altitude. Alain Prost, Olivier Panis, Romain Grosjean, Jacques Villeneuve, Jean Alesi, Sébastien Loeb — des noms qui évoquent la Formule 1 et le rallye mondial — ont tous troqué le bitume pour la glisse iséroise.

Le Trophée Andros a tiré sa révérence après 35 éditions au total, à l'issue de la saison 2023-2024. La raison principale : le réchauffement climatique rendait de plus en plus difficile de garantir des conditions de glace suffisantes sur l'ensemble des circuits de montagne.

💡 Le saviez-vous ?

L'Alpe d'Huez a accueilli le Trophée Andros 22 fois — plus qu'aucun autre site de montagne dans l'histoire de la compétition. Une fidélité qui dit quelque chose sur la relation particulière entre la station et cet événement atypique.

Une architecture qui raconte son époque

Une station de montagne est aussi un musée d'architecture à ciel ouvert.

À l'Alpe, les bâtiments racontent plusieurs générations de tourisme : vieilles granges transformées, hôtels familiaux, architecture moderniste des Trente Glorieuses, grands ensembles touristiques puis retour aux références du chalet traditionnel.

L'un des édifices les plus singuliers est l'église Notre-Dame-des-Neiges, achevée à la fin des années 1960. Son architecture contemporaine tranche volontairement avec l'image classique de la petite église alpine. Elle symbolise bien cette époque où l'Alpe veut être une station moderne, sportive, internationale, tournée vers l'avenir.

À quelques kilomètres seulement se trouvent pourtant les ruines médiévales de Brandes. Voilà peut-être l'un des contrastes les plus intéressants de l'Alpe : huit siècles d'histoire peuvent parfois se parcourir à pied.

Les familles et personnalités qui ont construit et fait grandir l'Alpe d'Huez jusqu'à ce jour

L'histoire d'une station ne s'écrit pas uniquement avec des champions et des ingénieurs. Elle s'écrit aussi derrière les comptoirs, les vitrines, les restaurants, les hôtels et les commerces.

Jean-Luc et Françoise Jannin

Jean-Luc et Françoise Jannin ont créé au fil des années une véritable vitrine de la douceur et du goût à l'Alpe d'Huez. Tout commence avec la pâtisserie familiale, puis vient le traiteur, puis le salon de thé — une progression naturelle, portée par deux personnes qui ont compris que la gourmandise ne s'arrête pas à la vitrine.

Mais si l'on devait retenir un nom, ce serait celui de Françoise. Pendant trente ans, les touristes qui revenaient à l'Alpe d'Huez saison après saison revenaient aussi pour elle — pour son accueil, sa chaleur, cette façon qu'elle avait de rendre les pâtisseries encore plus douces simplement par sa présence. Les habitants la connaissent tous. Les visiteurs fidèles la reconnaissent comme une légende.

Bien que née loin d'ici, Françoise est vraiment d'ici. Été comme hiver, on peut la croiser sur les sentiers du domaine — elle aime marcher, et la montagne lui appartient autant qu'elle lui appartient.

La famille Breton, photographes de génération en génération

Yves puis Jérôme Breton ont fait de la photographie une affaire de famille et une mémoire vivante de l'Alpe d'Huez.

Photo Breton est aujourd'hui une entreprise reconnue, présente sur les grands événements de la région : la Marmotte, la montée des 21 virages, les courses cyclistes qui traversent l'Oisans. Le jour de la Marmotte seul, ce sont neuf photographes déployés sur le parcours qui prennent plus de 74 000 photos dans la journée.

Mais au-delà des événements sportifs, c'est l'accumulation des années qui rend la famille Breton irremplaçable. Génération après génération, ils ont photographié la station dans tous ses états : les saisons, les champions, les touristes anonymes, les moments ordinaires et extraordinaires, la neige et l'été, les 21 virages bondés du Tour et les matins calmes de septembre.

Ces archives constituent aujourd'hui un patrimoine visuel inestimable — la mémoire photographique de plusieurs décennies de vie à l'Alpe d'Huez.

Rodolphe Le Covec et Le Dahu Grillé

Rodolphe Le Covec a tenu le Dahu Grillé pendant près d'un quart de siècle — l'un de ces établissements dont le nom devient presque indissociable de la station pour ceux qui la fréquentent depuis les années 2000.

En 2025, il a transmis son restaurant à sa filleule, qui a choisi de lui donner une nouvelle identité en le rebaptisant Le Parrain — un clin d'œil affectueux à celui qui lui a passé le flambeau, et une façon de marquer la continuité dans le changement. L'adresse reste la même : 35 rue du Poutat. L'histoire, elle, continue.

Le Tremplin : une institution familiale depuis 1988

Depuis 1988, Jean-François Petriccioli tient le Tremplin au 179 avenue des Marmottes — et depuis quelques années, ce sont ses deux fils qui travaillent à ses côtés. Une transmission en cours, discrète, dans la continuité d'une maison qui a traversé plus de trente-cinq ans de saisons sans jamais changer d'âme.

La terrasse est l'une des plus grandes et des plus populaires de la station — 200 couverts en plein air, exposée au soleil, avec vue sur les pistes. Dès les premiers beaux jours, elle se remplit naturellement. Familles avec enfants, groupes de skieurs, habitués de longue date, vacanciers de passage — tout le monde s'y retrouve dans une ambiance chaleureuse et sans prétention.

La cuisine est celle du terroir : fondues, raclettes à l'ancienne, pierrades, crêpes, spécialités de montagne. Trente-cinq ans plus tard, Jean-François Petriccioli est toujours là. Et ses fils aussi.

Le Festival du film de comédie : le rire en altitude depuis 1997

En janvier 1997, l'Alpe d'Huez accueille une idée qui pouvait paraître incongrue : créer un festival de cinéma dans une station de ski, en plein hiver, entièrement consacré à la comédie.

L'idée avait en réalité des racines plus anciennes. Le Festival du Film d'Humour de Chamrousse, créé en 1976 dans la station voisine, avait fonctionné pendant vingt ans avant d'être relocalisé à l'Alpe d'Huez.

Le festival se tient chaque année en janvier, au Palais des Sports, avec une formule qui ne change pas : une dizaine de longs métrages en compétition, des courts métrages, des avant-premières nationales, un jury de professionnels, des débats. Et surtout — détail essentiel — les projections sont largement gratuites et ouvertes à tous.

Le festival s'est imposé au fil des éditions comme un vrai tremplin pour la comédie française. L'exemple le plus célèbre : Bienvenue chez les Ch'tis a été présenté à l'Alpe d'Huez avant de devenir le film français le plus vu de tous les temps.

La 29e édition s'est tenue du 19 au 25 janvier 2026, présidée par Audrey Lamy. En 2027, le festival fêtera sa 30e édition, avec Philippe Lacheau comme président du jury.

💡 Le saviez-vous ?

Le festival est le seul festival de cinéma en France entièrement consacré à la comédie — une singularité qui lui a permis d'occuper une place unique dans le paysage culturel français, sans concurrence directe, avec une identité immédiatement reconnaissable.

Tomorrowland Winter : une nouvelle génération découvre l'Alpe

En mars 2019, le festival belge Tomorrowland organise pour la première fois une édition hivernale à l'Alpe d'Huez. La station est choisie pour accueillir ce qui n'avait encore jamais existé : un festival de plein air en haute montagne, en hiver, associant ski, snowboard et musique électronique de 1 800 à 3 330 mètres d'altitude.

L'événement est interrompu en 2020 et 2021 en raison de la pandémie. Il revient en 2022 et s'installe durablement dans le calendrier de la station.

La 4e édition en mars 2024 accueille plus de 22 000 festivaliers autour de 8 scènes intérieures et extérieures, avec plus de 150 artistes dont Armin van Buuren, Dimitri Vegas & Like Mike, Nina Kraviz ou Steve Aoki. La 5e édition en mars 2025, sous le thème Paperworld, maintient le même format avec un Mainstage couvert pour la première fois.

Un contrat signé jusqu'en 2030 garantit la présence de Tomorrowland Winter à l'Alpe d'Huez pour les prochaines années.

L'été : quand la neige disparaît mais que la montagne reste

Réduire l'Alpe d'Huez à l'hiver serait aujourd'hui passer à côté de la moitié de son identité.

Lorsque la neige se retire, on redécouvre la géographie. Les pistes deviennent des chemins. Les remontées transportent randonneurs et vététistes. Les alpages reprennent leurs couleurs. Et les cyclistes réapparaissent par milliers sur les 21 virages.

Le vélo constitue naturellement l'un des piliers du tourisme estival. Mais il n'est plus seul. VTT, randonnée, trail, parapente, escalade, via ferrata et activités familiales occupent aujourd'hui l'ensemble du territoire.

C'est aussi la saison où l'on comprend peut-être le mieux l'histoire ancienne de l'Alpe. Sans la neige, les pâturages réapparaissent. Les troupeaux remontent. Brandes se visite. Les vieux villages deviennent plus visibles. Et l'on réalise que sous le domaine skiable existe toujours l'ancien paysage pastoral de l'Oisans.

Une montagne qui doit maintenant s'adapter

L'histoire de l'Alpe d'Huez a été celle d'une conquête progressive de l'altitude. Aujourd'hui, le défi est différent.

Il faut moderniser sans effacer le passé, réduire l'impact des infrastructures, gérer l'eau et la neige, adapter les équipements et développer davantage le tourisme quatre saisons. Le changement climatique oblige toutes les stations alpines à revoir une partie de leur modèle.

Le projet Altitude 3300, engagé sur la période 2025-2027, prévoit notamment la modernisation de plusieurs remontées afin d'améliorer les liaisons entre les différentes portes du domaine et l'accès au Pic Blanc.

Il est intéressant de regarder ce projet avec un peu de recul. Dans les années 1930, la question était : comment faire remonter quelques skieurs sur une pente de l'Éclose ? Près d'un siècle plus tard, la question est devenue : comment transporter des milliers de personnes à travers un immense domaine tout en réduisant les files d'attente, la consommation d'énergie et les impacts sur la montagne ?

La technologie a changé. La montagne, elle, impose toujours ses contraintes.

L'Alpe d'Huez, une histoire d'hommes et de femmes

Lorsque l'on regarde aujourd'hui depuis le Pic Blanc, il est facile de croire que cette immense organisation touristique a toujours existé. Ce n'est évidemment pas le cas.

Il y eut d'abord les habitants de l'Oisans. Puis les mineurs de Brandes. Les bergers et leurs troupeaux. Les familles qui montaient l'été dans leurs chalets. Les premiers skieurs. Maurice Rajon et les pionniers du tourisme. Jean Pomagalski et ses inventions. La SATA et ses bâtisseurs. Les ouvriers qui construisirent les routes et les remontées. Les moniteurs et les pisteurs. Les commerçants. Les photographes. Les restaurateurs. Les sportifs du Ski Club. Les hockeyeurs. Puis Fausto Coppi et les cyclistes du Tour. Les champions olympiques et mondiaux. Les cinéastes et comédiens du festival. Les DJ et les dizaines de milliers de jeunes de Tomorrowland. Et, chaque année, des visiteurs anonymes qui laissent à leur tour un morceau de leur propre histoire dans la montagne.

C'est peut-être cela qui rend l'Alpe d'Huez particulière. On peut venir pour skier Sarenne. Pour gravir les 21 virages. Pour marcher dans les alpages. Pour assister à un film ou à un concert. Pour retrouver un restaurant fréquenté vingt ans plus tôt. Ou simplement pour regarder le soleil se coucher sur l'Oisans.

Mais derrière chacune de ces expériences se cache une histoire beaucoup plus longue.

L'Alpe d'Huez n'est pas seulement une station. C'est une histoire d'hommes et de femmes, d'alpages, de villages, d'inventeurs, de sportifs et de passionnés de montagne.

Et cette histoire, commencée bien avant le tourisme, continue de s'écrire.